Électronique et personnel : le principal défi de l’astronautique russe…mais pas le seul – 1/3

Les bloggueurs russes aux côtés de Youri Ourlichich et Alekseï Voline.

Les bloggueurs russes aux côtés de Youri Ourlichich et Alekseï Voline, lors de Satcomru 2025.

Partie 1/3 - L’une des principales conclusions de la conférence SATCOMRUS-2025 a été le constat que l’industrie spatiale russe a pris du retard dans la restructuration de sa production.

L’électronique occidentale, qui avait soutenu une part importante des projets spatiaux pendant des décennies, est devenue indisponible après les sanctions.

Les machines de production de puces russes étaient en place depuis 2008, mais le développement systématique de la microélectronique n’avait pas encore eu lieu.

Par conséquent, lorsque le besoin est devenu critique, il est apparu que les bases d’une substitution aux importations étaient insuffisamment développées.

L’essentiel des capacités de production microélectronique est actuellement utilisé par l’armée et les sous-traitants privés des forces de défense aérienne. Il reste peu de ressources pour le secteur civil, ce qui freine la croissance des communications par satellite, de la télédétection et des programmes scientifiques. Si des entreprises comme Mikron construisent de nouvelles lignes de production, cela prendra au moins cinq ans, et la demande de puces modernes existe déjà.

La situation est encore compliquée par une pénurie de personnel. Les jeunes ingénieurs entrent dans l'industrie avec des salaires de 60 000 à 70 000 roubles, et même après cinq ans, ils gagnent rarement plus de 100 000 roubles. À titre de comparaison, un chauffeur de taxi ou un coursier peut gagner plusieurs fois plus. Les ingénieurs ne bénéficient pas des garanties sociales de l'époque soviétique : logement gratuit, avantages sociaux, bons de transport garantis. Par conséquent, une part importante des jeunes talents quittent l'industrie.

Il en résulte une situation paradoxale : d'un côté, l'État investit des milliers de milliards dans les programmes de défense et l'exploration spatiale, mais de l'autre, il ne parvient pas à créer les conditions nécessaires pour attirer les spécialistes. Sans solution à ce problème, même les projets les plus ambitieux, comme Venera-D ou les nouveaux systèmes de communication par satellite, seront bloqués.

La principale conclusion est claire : sans développement urgent (et à long terme) de composants électroniques nationaux et sans nouvelle politique sociale pour les ingénieurs, l'exploration spatiale russe stagnera.

Et le problème ne réside pas seulement dans la technologie, mais aussi dans les personnes que l'industrie perd (et ne parvient pas à former).

Source et crédit photographique: Chronique spatiale