La place de la Russie dans le développement de l’activité spatiale – discussion du 10 avril 2025

Les cinq intervenants. Au centre Alexandre Loutovinov, à sa droite Nikolaï Sevastyanov, à sa gauche Yevgueny Kouznetsov. A l'extrémité gauche de l'image Albert Efimov et à l'extrémité droite, Sergueï Peresleguine.
La place de la Russie dans la course à l'espace, présent et avenir: discussion pour la Journée de la cosmonautique.
Albert Efimov - Vice-président, directeur de la recherche et de l'innovation, modérateur
Sergueï Peresleguine - Chercheur et théoricien de la science-fiction
Nikolaï Sevastyanov - Concepteur de systèmes spatiaux, auteur et animateur de l'émission « Jour de la cosmonautique" sur le TRK "Zvezda"
Evgeny Kouznetsov - Expert en innovation, futurologue
Alexandre Loutovinov - Astrophysicien, docteur en sciences physiques et mathématiques
Voici les idées principales de la discussion.
1. État actuel de la cosmonautique russe
La cosmonautique russe maintient des positions fortes dans de nombreux domaines. Parmi eux figurent des projets scientifiques tels que l’observatoire à rayons X Spektr-RG et une expertise dans le domaine de l’énergie.
Dans les programmes habités, la Russie s’appuie sur son leadership historique, même si les technologies utilisées sont obsolètes.
Dans le domaine de la technologie des fusées, des travaux sont en cours sur le lanceur Soyouz-5 comme alternative aux systèmes réutilisables de SpaceX.
Les principales faiblesses sont le retard dans les lancements commerciaux (troisième place après les États-Unis et la Chine), la bureaucratisation, le manque d’investissement privé et les opportunités limitées de coopération internationale.
2. Défis
L’industrie doit passer à des technologies modernes : fusées réutilisables, moteurs ioniques, systèmes de contrôle numérique et constellations de satellites en orbite basse.
L’infrastructure basée sur les satellites géostationnaires devient obsolète.
Les défis économiques incluent une faible présence dans les segments commerciaux – communications, navigation, données de télédétection.
L’économie spatiale pourrait dépasser 1,5 billion de dollars d’ici 2035, mais la Russie est sous-représentée dans ces domaines. Il n’existe pas de programmes complets pour soutenir les startups et le financement des entreprises.
Au niveau géopolitique, la situation est compliquée par les sanctions et la rupture de la coopération avec les pays occidentaux, limitant l’accès aux équipements, aux technologies et aux projets communs. Un exemple est la suspension de la mission ExoMars et l’arrêt des équipements allemands sur Spektr-RG.
3. Opportunités stratégiques
La Lune reste une priorité en tant que terrain d’essai pour les technologies, attractive en tant que source de titane et point de lancement pour les expéditions vers Mars.
L’étude des satellites de Jupiter et de Vénus et le développement de systèmes autonomes dotés d’intelligence artificielle pour fonctionner dans des conditions de retards de communication restent prometteurs.
Le soutien au secteur privé et la création d'infrastructures pour les start-ups, ainsi que le développement de technologies duales - le transfert des développements spatiaux vers la métallurgie - revêtent une grande importance.
Ce sont précisément les programmes d’exploration de l’espace « profond » qui peuvent constituer un saut qualitatif.
4. Recommandations
Il est nécessaire de formuler une vision à long terme (au moins 100 ans) dans le domaine du développement spatial.
Si les acteurs commerciaux peuvent assurer le développement dans l’espace « proche », alors l’État doit se fixer des objectifs plus ambitieux.
Le retour sur investissement dans l’espace est difficile à estimer, mais cela vaut la peine d’essayer. Nous devons populariser plus activement l’espace et soutenir les jeunes spécialistes.
La présence d’objectifs clairs et ambitieux (un retour à l’espace comme idée nationale) attirera les talents vers le secteur spatial.
Au niveau international, il convient de développer la coopération scientifique et financière internationale, mais il ne faut pas oublier que les programmes véritablement significatifs seront mis en œuvre « seuls ». L’intelligence artificielle dans l’espace n’est pas de la science-fiction, mais une nécessité (stations autonomes, traitement des données…)
Source et crédits photographiques: Innovation & Research
