Systèmes de communication multisatellitaire: l’avis de Nikolaï Sevastyanov
L'avis de Nikolaï Sevastyanov paru sur son canal Telégram.
Nous sommes une fois de plus contraints de rattraper notre retard en matière de télécommunications spatiales. Les États-Unis, la Chine et l'Europe développent activement des systèmes multisatellites en orbite basse.
Le développement des systèmes de communication multisatellites est impulsé par l'informatisation mondiale de la société. Les applications des communications spatiales se développent considérablement : outre la télévision et les réseaux de communication principaux, elles incluent désormais l'accès mondial à Internet, les communications pour objets mobiles et les véhicules autonomes.
Les communications par satellite jouent un rôle essentiel dans le contrôle des véhicules autonomes, en les connectant aux centres de données hébergeant l'intelligence artificielle.
Le système de communication spatiale Starlink d'Elon Musk compte déjà environ 10 000 satellites, avec un potentiel d'extension jusqu'à 80 000.
La Chine prévoit de lancer un nombre record de satellites et a déposé des demandes auprès de l'Union internationale des télécommunications pour 200 000 satellites Internet.
Nous étions déjà confrontés à la nécessité de rattraper les États-Unis en matière de communications spatiales dans les années 1990. Le retard technologique de la Russie dans le domaine spatial a failli entraîner le déploiement de satellites américains en orbite géostationnaire, ce qui aurait irrémédiablement compromis son indépendance informationnelle.
Au début des années 2000, la situation a commencé à s'améliorer avec la création du système spatial commercial russe « Yamal », basé sur des satellites de communication de nouvelle génération. Les satellites Yamal-100, Yamal-201 et Yamal-202 ont été développés conjointement par Gazprom et la société spatiale S.P. Korolev Energia.
Le partenariat entre Gazprom, créée pour mettre en œuvre le projet, et RSC Energia, qui possède une vaste expertise spatiale et les capacités de production nécessaires, a permis une avancée technologique majeure et a contribué à combler le retard.
Par ailleurs, l'émergence du système spatial Yamal sur le marché des services de communication a créé une concurrence pour la constellation de satellites Express, propriété de l'État et placée sous la tutelle du ministère des Communications. Cette situation a incité l'entreprise Reshetnev, sous la tutelle de Roscosmos, à moderniser ses technologies.
Aujourd'hui, en Russie, la société privée Bureau 1440 développe le système de communication multisatellite Rassvet. Ce projet bénéficie heureusement du soutien financier de l'État. L'entreprise s'efforce de développer et de fabriquer elle-même la quasi-totalité des composants du système. Cependant, cette approche comporte des risques et représente un défi de taille. Il s'agit de la première tentative de l'entreprise pour créer un système spatial complet, dont le résultat devrait être un service de communication compétitif pour le grand public. Le manque d'expérience dans le déploiement et l'exploitation d'un système spatial de grande envergure pourrait impacter sa fiabilité, et l'absence de concurrence pourrait nuire à la qualité du service.
L'expérience de la concurrence entre les systèmes de communication géostationnaires Express et Yamal a démontré que la création de deux systèmes spatiaux nationaux réduisait considérablement les risques pesant sur l'indépendance informationnelle de l'État.
Les entreprises de Roscosmos possèdent les compétences et les capacités de production nécessaires à la création de systèmes multisatellites.
Malheureusement, Roscosmos a connu une expérience négative avec le programme Sfera, n'ayant jamais déployé de constellations de communication multisatellites. Cette expérience a mis en évidence la nécessité de revoir les principes de gestion de tels projets. Il est essentiel de reconnaître que les nouveaux systèmes spatiaux doivent être développés non pas par des bureaucrates ou des gestionnaires efficaces, mais par des équipes professionnelles et créatives. Pour mener à bien de tels projets, il est nécessaire de créer des sociétés de projet spécialisées qui organiseront le travail de manière systématique et inciteront les grandes entreprises spatiales, ainsi que les entreprises privées innovantes, à coopérer.
Mais avant tout, la société de projet doit élaborer un projet systémique, associant solutions techniques et justification des investissements, et démontrant la rentabilité du système spatial.
Et, bien sûr, il est important de comprendre que le déploiement de dizaines de milliers de satellites de communication en orbite, comme le font les États-Unis et la Chine, exige la mobilisation des compétences de tous les acteurs spatiaux nationaux, qu'il s'agisse d'entreprises privées ou d'entités comme Roscosmos.
Source: Nikolaï Sevastyanov; Crédit photographique: DR
